VENEZ VOYAGER DANS LE CALME

Lecteur, prenez le temps de vous installer confortablement pour vous offrir un long moment de détente. Mettez-vous une musique douce en fond sonore et ...
Voyagez,
Voyagez sans quitter votre intérieur.

Vous en souvenez-vous turbulente Marquise

De ce manant partant du titre de féal

Reçut de vous celui de l’amant idéal

En vous troublant les sens d’une façon exquise ?

 

Il fut dans votre vie une hérésie acquise

Transformant vos hivers en mois de floréal

Et faisant inverser un ordre féodal

Pour être dans ses bras une terre conquise.

 

Vous refusâtes donc de respecter le rang

Par lequel vous deviez par noblesse de sang

Distinguer un galant qu’au vu de l’étiquette.

 

Vous fûtes précurseur aux clients Guillotin

En vous lâchant ainsi dans l’amour libertin.

Loin des froids échafauds, vous perdîtes la tête.


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Après avoir tiré dessus

Mon tonton a cassé sa pipe

Et revêtu le pardessus

De bois qui jamais ne se fripe.

Dans un costume de corbeau

Je viens gémir quand on l’enterre

En remplissant de pleurs un seau

Avant d’aller chez le notaire.

 

Assis devant le tabellion

J’attends de savoir l’inventaire

En rêvant d’or et de million

Étant l’unique légataire

Et d’une voix sans émotion

Voici ce que lit le notaire :

« Une maison, un potager

Mais les deux étaient en viager

Un poulailler et quatre poules

Un cochonnet avec deux boules

Un tombereau de haricots

Et quelques arriérés fiscaux

Des vêtements dans une armoire

Autant percés qu’une écumoire

Un verre à pied vide à moitié

Où se repose un vieux dentier

Un chien pelé et sa gamelle

Un coupe-frites à manivelle

Pour ce qui est de son magot

Son compte en banque est à zéro

Et pour finir mes écritures

Huit-cents euros sur ma facture. »

 

Car par chez nous il est d’usage

Pour qu’un défunt soit sans remords

En s’en allant parmi les morts

Qu’il nous transmette un héritage.

 

Après avoir prié l’bon Dieu

Durant sa vie de religieuse

Tantine a fait d’un coup adieu

Au bras de la grande faucheuse.

Dans un costume de corbeau

Je viens gémir quand on l’enterre

En remplissant de pleurs un seau

Avant d’aller chez le notaire.

 

Assis devant le tabellion

J’attends de savoir l’inventaire

En rêvant d’or et de million

Étant l’unique légataire

Et d’une voix sans émotion

Voici ce que lit le notaire :

« Un crucifix bien saugrenu

Avec le Christ tout à fait nu ;

Un vieux missel où des images

Montrent en fiesta les trois rois mages

Et le curé de Camaret

Portant, rieur, que son béret ;

Un matelas, une bouillote

Et une paire de menottes ;

L’œuvre de Sade en galuchat

Et quatre boules de geisha ;

Une aube en soie et sa cornette

Un tablier blanc de soubrette

Quant à son or et ses deniers

C’est pour son couvent régulier

Et pour finir mes écritures

Huit-cents euros sur ma facture. »

 

Car par chez nous il est d’usage

Pour qu’un défunt soit sans remords

En s’en allant parmi les morts

Qu’il nous transmette un héritage.

 

Quand viendra l’heure où il faudra

Que je quitte ma descendance

Emmailloté dans un grand drap

Pour ma dernière résidence.

Mes héritiers ne courez pas,

Suite à vos pleurs de circonstance,

Sus à un legs ou majorat

Sous une corne d’abondance.

 

Car par chez moi il est d’usage

De n’emporter aucun remords

En s’en allant parmi les morts

D’avoir croqué tout l’héritage.


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Il était heureux dans son coin

Et chaque jour tombait à point

Pour lui donner l’envie de vivre.

L’envie de vivre.

Avec de l’amour plein les bras

Et des moments plutôt extra

C’était plus beau que dans un livre.

Que dans un livre.

Mais un jour la page a tourné

Dans la maison ça a tonné

Ses parents sont entrés en guerre

Entrés en guerre.

Adieu à ses moments d’avant

Il s’est senti un survivant

Sortant de la vie de naguère.

Vie de naguère.

On lui a dit qu’il faut choisir

Avec lequel il veut partir.

Comment répondre à ce dilemme ?

A ce dilemme.

Parents ne se partagent pas

Dans les deux cas l’un manquera

Puisque ce sont les deux qu’il aime

Les deux qu’il aime.

Pour trancher ce choix infernal

Ils ont laissé le tribunal

Lui désigner sa résidence

Sa résidence.

Il devint enfant vagabond

Qui trimballe entre deux maisons

Le déplaisir de son enfance

De son enfance.

Depuis sa famille a grandi

Avec un rameau alourdi

Sur l’arbre : gêné illogique

Né illogique.

Jamais il ne voulut autant

De beaux-parents aux quatre vents

D’une ascendance anachronique.

Anachronique.

Car à huit ans c’est délicat

De vivre ainsi tout le fracas

Du désaccord chez les adultes

Chez les adultes.

Où l’on est plus qu’un simple pion

Au cœur éteint comme un lampion

Avec tout ce qui en résulte.

Qui en résulte.


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Dans un éther teinté de noir,

L’extrémité d’une main blanche

Cherche à tâtons à se mouvoir

En s’étirant d’un bord de manche.

 

C’est le toucher qui devient œil

Guidant le pas dans la coulisse

Où chaque chose est un écueil

Autour duquel une ombre glisse.

 

Éclos alors d’un carillon

Trois tintements dans l’invisible

Qui font l’effet d’un aiguillon

Forçant la marche imprévisible.

 

Soudain s’entend tout le fracas

Du bris d’un vase en porcelaine

Qui peint un masque de tracas

Sur un faciès chargé d’haleine.

 

Monte aussitôt dans la maison

La voix hargneuse au ton qui grogne

Comme un gardien d’une prison :

« As-tu vu l’heure infâme ivrogne ? »


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